Troisième

Calcul littéral : double distributivité et identités remarquables

Structure d’une expression : somme ou produit

Définition 1

La structure d’une expression littérale, c’est la dernière opération qu’on effectuerait pour la calculer : une expression est une somme ou un produit.

Méthode 1 — Reconnaitre la structure

  1. Repérer les parenthèses : ce qu’elles contiennent forme un bloc.
  2. Chercher, hors des parenthèses, l’opération de plus faible priorité.
  3. Une addition ou une soustraction hors parenthèses : c’est une somme. Sinon, c’est un produit.

Exemples

  • 3𝑥+5 est une somme de deux termes : 3𝑥 et 5.
  • 3(𝑥+5) est un produit de deux facteurs : 3 et (𝑥+5).
  • (𝑥+2)(𝑥7) est un produit.
  • (𝑥+2)+𝑥2 est une somme.
  • 2𝑥25𝑥+1 est une somme de trois termes.

Remarque

Cette lecture commande tout le chapitre : développer, c’est transformer un produit en somme ; factoriser, c’est transformer une somme en produit.

Définition 2

Réduire une expression, c’est l’écrire avec le moins de termes possible, en regroupant les termes semblables — ceux qui ont la même partie littérale.

Exemples

  • 5𝑥+3𝑥=8𝑥
  • 7𝑥22𝑥2=5𝑥2
  • 4𝑥+3+2𝑥8=6𝑥5
  • 3𝑥+2𝑥2 ne se réduit pas : 𝑥 et 𝑥2 ne sont pas semblables.

Convention

On n’écrit ni le signe × devant une lettre ou une parenthèse, ni le coefficient 1 : 3×𝑥 s’écrit 3𝑥, et 1×𝑥 s’écrit 𝑥.

Opposé d’une expression littérale

Définition 3

L’opposé d’une expression 𝐴 est l’expression 𝐴, celle qu’il faut lui ajouter pour obtenir 0.

Propriété 1

L’opposé d’une somme s’obtient en changeant le signe de chaque terme :

(𝑎+𝑏)=𝑎𝑏et(𝑎𝑏)=𝑎+𝑏.

Exemples

  • L’opposé de 3𝑥+5 est 3𝑥5.
  • L’opposé de 2𝑥7 est 2𝑥+7.
  • L’opposé de 𝑥2+4𝑥1 est 𝑥24𝑥+1.

L’erreur la plus fréquente du chapitre consiste à ne changer que le premier signe : (2𝑥7) vaut 2𝑥+7, jamais 2𝑥7.

Exemple — Supprimer une parenthèse précédée d'un moins

3(2𝑥+1)(6𝑥)=6𝑥+36+𝑥=7𝑥3.

Simple distributivité : développer et factoriser

Propriété 2 — Simple distributivité

Pour tous nombres 𝑘, 𝑎 et 𝑏 :

𝑘(𝑎+𝑏)=𝑘𝑎+𝑘𝑏et𝑘(𝑎𝑏)=𝑘𝑎𝑘𝑏.
Lue de gauche à droite, l’égalité développe ; lue de droite à gauche, elle factorise.
Le rectangle de largeur 𝑘 et de longueur 𝑎+𝑏 se coupe en deux : son aire s’écrit des deux façons.

Exemples — Développer

  • 5(𝑥+3)=5𝑥+15
  • 4𝑥(63𝑥)=24𝑥+12𝑥2
  • 3(2𝑥+1)2(𝑥4)=6𝑥+32𝑥+8=4𝑥+11

Méthode 2 — Factoriser avec un facteur commun

  1. Repérer le facteur commun à tous les termes de la somme.
  2. L’écrire devant une parenthèse.
  3. Dans la parenthèse, écrire ce qui reste de chaque terme.

Exemples — Factoriser

  • 6𝑥+15=3(2𝑥+5)
  • 𝑥27𝑥=𝑥(𝑥7)
  • (𝑥+1)(𝑥+4)+(𝑥+1)(2𝑥3)=(𝑥+1)(3𝑥+1), le facteur commun étant la parenthèse (𝑥+1).

Double distributivité

Propriété 3 — Double distributivité

Pour tous nombres 𝑎, 𝑏, 𝑐 et 𝑑 :

(𝑎+𝑏)(𝑐+𝑑)=𝑎𝑐+𝑎𝑑+𝑏𝑐+𝑏𝑑.

Pour mieux comprendre

Chaque terme de la première parenthèse multiplie chaque terme de la seconde : il y a donc toujours quatre produits à écrire avant de réduire.
Le rectangle de dimensions 𝑎+𝑏 et 𝑐+𝑑 se découpe en quatre : une aire par produit.

Exemples

  • (𝑥+2)(𝑥+5)=𝑥2+5𝑥+2𝑥+10=𝑥2+7𝑥+10
  • (2𝑥3)(5𝑥+7)=10𝑥2+14𝑥15𝑥21=10𝑥2𝑥21
  • (𝑥4)(𝑥1)=𝑥2𝑥4𝑥+4=𝑥25𝑥+4

Méthode 3 — Contrôler un développement

Remplacer 𝑥 par un nombre simple, par exemple 1 ou 2, dans l’expression de départ et dans le résultat : les deux valeurs doivent coïncider.

Exemple

Pour (𝑥+2)(𝑥+5)=𝑥2+7𝑥+10, prenons 𝑥=1 : à gauche 3×6=18, à droite 1+7+10=18 cohérent.

Identités remarquables

Formules — Les trois identités remarquables

(𝑎+𝑏)2=𝑎2+2𝑎𝑏+𝑏2(𝑎𝑏)2=𝑎22𝑎𝑏+𝑏2(𝑎+𝑏)(𝑎𝑏)=𝑎2𝑏2
(𝑎+𝑏)2 : le carré de côté 𝑎+𝑏 contient 𝑎2, 𝑏2 et deux rectangles 𝑎𝑏.
(𝑎𝑏)2 : ce qui reste du carré de côté 𝑎 quand on retire deux bandes — le coin 𝑏2, retiré deux fois, doit être rajouté.

(𝑎+𝑏)2 n’est pas 𝑎2+𝑏2 : le double produit 2𝑎𝑏 manque. Pour 𝑎=3 et 𝑏=4 : (3+4)2=49, alors que 9+16=25.

Exemples — Développer

  • (𝑥+6)2=𝑥2+12𝑥+36
  • (2𝑥5)2=4𝑥220𝑥+25
  • (𝑥+6)(𝑥6)=𝑥236
  • (2𝑥5)(2𝑥+5)=4𝑥225

Remarque

La troisième identité fait disparaitre le terme en 𝑥 : c’est la seule dont le développement n’a que deux termes.

Factoriser une expression de la forme 𝑎2𝑏2

L’équerre 𝑎2𝑏2, recoupée puis recollée, forme le rectangle (𝑎+𝑏)(𝑎𝑏).

Méthode 4 — Reconnaitre une différence de deux carrés

  1. Vérifier que l’expression est une soustraction.
  2. Écrire chacun des deux termes comme un carré : 𝑎2 et 𝑏2.
  3. Appliquer 𝑎2𝑏2=(𝑎+𝑏)(𝑎𝑏).

Exemples

  • 𝑥264=𝑥282=(𝑥+8)(𝑥8)
  • 4𝑥249=(2𝑥)272=(2𝑥+7)(2𝑥7)
  • 25𝑥2=52𝑥2=(5+𝑥)(5𝑥)
  • (𝑥+1)29=(𝑥+1)232=(𝑥+4)(𝑥2)

Remarque

Une somme de deux carrés, comme 𝑥2+9, ne se factorise pas de cette façon.

Démontrer par le calcul littéral

Une vérification sur quelques nombres ne prouve rien : la lettre, elle, représente tous les nombres à la fois. C’est ce qui fait du calcul littéral un outil de démonstration.

Méthode 5 — Démontrer une propriété générale

  1. Nommer par une lettre le nombre quelconque de l’énoncé.
  2. Traduire l’énoncé par une expression.
  3. Développer, réduire, factoriser jusqu’à faire apparaitre la forme annoncée.

Exemple — La somme de trois entiers consécutifs

On sait que

Trois entiers consécutifs s’écrivent 𝑛1, 𝑛 et 𝑛+1, où 𝑛 est un entier.

Or

Leur somme vaut (𝑛1)+𝑛+(𝑛+1)=3𝑛.

Donc

Cette somme est toujours un multiple de 3.

Exemple — La différence des carrés de deux entiers consécutifs

On sait que

Deux entiers consécutifs s’écrivent 𝑛 et 𝑛+1.

Or

(𝑛+1)2𝑛2=𝑛2+2𝑛+1𝑛2=2𝑛+1.

Donc

Cette différence est toujours un nombre impair — et c’est même la somme des deux entiers.

Méthode 6 — Démontrer l'équivalence de deux programmes de calcul

  1. Choisir une lettre pour le nombre de départ, la même pour les deux programmes.
  2. Traduire chaque programme par une expression.
  3. Développer et réduire les deux : si l’on obtient la même expression, les programmes donnent toujours le même résultat.

Exemple — Deux programmes

Programme AProgramme B
Choisir un nombre.Choisir un nombre.
Lui ajouter 3.Le multiplier par 2.
Multiplier le résultat par 2.Ajouter 8 au résultat.
Soustraire 2.

On sait que

Soit 𝑥 le nombre choisi.

Or

Le programme A donne 2(𝑥+3)2=2𝑥+62=2𝑥+4, et le programme B donne 2𝑥+8.

Donc

2𝑥+42𝑥+8 : les deux programmes ne donnent jamais le même résultat, ils diffèrent toujours de 4.

Exemple — Deux programmes équivalents

Programme C : choisir 𝑥, l’augmenter de 5, élever au carré, retrancher 25.
Programme D : choisir 𝑥, l’élever au carré, ajouter 10 fois le nombre choisi.

On sait que

C donne (𝑥+5)225 et D donne 𝑥2+10𝑥.

Or

(𝑥+5)225=𝑥2+10𝑥+2525=𝑥2+10𝑥.

Donc

Les deux programmes sont équivalents : ils donnent le même résultat pour tout nombre choisi.